François Hollande pense-t-il vraiment que les agriculteurs seront dupes de ses « coups » de communication ? Il a fait savoir sur tous les toits qu’il allait passer plus de « 10 heures » au salon de l’agriculture, ce 23 février 2013. Ce n’est qu’un trompe-l’œil grossier : François Hollande a négligé l’agriculture depuis son élection, son marathon médiatique au salon ne suffira pas à masquer ses échecs en la matière.

Le bilan de François Hollande se résume en effet à deux reculs : réduction de 10% du budget de l’agriculture entre 2012 et 2013 ; baisse de près de 12% du montant de la Politique Agricole Commune (PAC), actée lors du Conseil européen du 8 février dernier. Plus qu’un recul, ce dernier point est un renoncement. François Hollande avait écrit, dans son engagement présidentiel n°6, qu’il « défendrait un budget européen ambitieux pour l’avenir de l’agriculture ». Or, le 5 février 2013, devant le Parlement européen à Strasbourg, il expliquait déjà que « la France n’est pas prête à sacrifier la politique de croissance pour la Pac ».
Jamais un Président français n’avait ainsi capitulé au niveau européen dans la défense de nos intérêts, comme si l’agriculture était à ses yeux une simple variable d’ajustement budgétaire.

Au-delà même de cette approche comptable, le secteur agro-alimentaire souffre, à l’image de toute notre économie, de la politique de François Hollande basée sur la préférence aveugle pour l’impôt. A l’export, notre secteur agro-alimentaire, même s’il a enregistré un remarquable excédent commercial de 11,4 milliards en 2012, a été dépassé par l’Allemagne, qui gagne chaque année de nouvelles parts de marché au détriment de la France. Il faut d’urgence une politique de compétitivité pour l’Agriculture qui se traduise par une baisse du coût du travail, un allègement des contraintes administratives, et un soutien au financement et à l’innovation des PME du secteur. Notre objectif immédiat doit être de refaire de la France la première puissance commerciale agricole d’Europe devant l’Allemagne.

Enfin, on cherche vainement une esquisse de projet pour le monde rural. Jamais il n’a semblé prioritaire pour François Hollande qui semble plus occupé à donner des gages à ses alliés Verts, qu’à s’intéresser aux 11 millions de Français qui vivent en zone rurale. Preuve en est d’ailleurs la loi électorale actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Ce texte prévoit la division par deux du nombre de cantons avec en ligne de mire une volonté manifeste de sous-représenter les campagnes au profit des villes alors que, depuis 1999, la croissance démographique en zone rurale est plus forte qu’en zone urbaine ! Délaisser ainsi les zones rurales pour privilégier les zones urbaines mène à une division absurde et mortifère pour notre pays.

Je refuse ce mépris latent du monde rural et cette absence patente d’ambition pour notre agriculture. L’agriculture est le liant entre notre passé et notre avenir, entre les Français des villes et les Français des champs. Sur elle reposent notre indépendance et notre sécurité alimentaires alors qu’il va falloir augmenter de 70% la production agricole d’ici 2050 pour nourrir 9 milliards d’habitants sur la planète. Plus que jamais elle doit être au cœur de notre stratégie de souveraineté pour la France. Le monde rural n’est pas seulement le magnifique musée à ciel ouvert où se déploient les paysages, les territoires, les cultures qui ont façonné, et façonnent encore, l’identité de la France au fil des siècles. C’est une zone de dynamisme, de croissance et d’innovation au potentiel considérable. La ruralité doit être une priorité : elle mérite mieux qu’un clin d’œil électoraliste passager de François Hollande.