Comment jugez-vous la proposition de loi pour une amnistie sociale votée au Sénat?
JEAN-FRANÇOIS COPÉ. Elle résume, hélas, la marque de fabrique de ce quinquennat : clientélisme et démagogie. La loi doit être la même pour tous et le message selon lequel certains délits pourraient être impunis, au motif qu’ils auraient pour origine un engagement syndical, est terrible. Cette proposition, soutenue ardemment par la ministre de la Justice avec un Manuel Valls étonnamment silencieux, vient à la suite de la nomination incroyable de Ségolène Royal comme vice-présidente de la Banque publique d’investissement.

Vous estimez partisanes les nominations depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande?
Bien sûr. Derrière les leçons de morale, ce qui se met en place, c’est un véritable système de nominations partisanes dans toutes les institutions de l’Etat.

Comme c’était le cas auparavant…
Non, car Nicolas Sarkozy, lui, avait ouvert à des personnalités de gauche, que ce soit à la Cour des comptes, à la commission des Finances de l’Assemblée ou au gouvernement.

Le gouvernement a mis en place une commission pour les retraites. La réforme Fillon n’avait pas été assez loin?
C’est cocasse! En 2010, le président Hollande était parmi les manifestants de la CGT à Tulle contre la réforme des retraites. L’une de ses premières décisions a été d’élargir le nombre d’ayants droit à la retraite à 60 ans. Il est aujourd’hui rattrapé par la réalité, mais je m’étonne qu’il faille encore une commission. Le diagnostic est connu. La clé de voûte de la réforme, c’est l’allongement de la durée de cotisation et sans doute la fusion des régimes.

Le chômage vient d’enregistrer un nouveau record. François Hollande peut-il encore tenir sa promesse d’inverser la courbe en 2013?
Non. L’aggravation du chômage est la conséquence directe de sa politique dans un contexte de crise que François Hollande a toujours nié pendant sa campagne. Il avait pris quatre engagements qui se soldent aujourd’hui par quatre échecs. Il avait dit que la croissance reviendrait, elle est à zéro. Il avait promis de réduire le déficit pour atteindre les 3% du PIB, il vient d’admettre que cela ne sera pas possible. Il s’était engagé à ne plus augmenter les impôts, or il va continuer son matraquage fiscal. Enfin, il avait assuré qu’il inverserait la courbe du chômage alors que le nombre de chômeurs n’a jamais été aussi élevé.

Il doit donc changer de politique?
Oui, il faut un changement immédiat et radical de politique, proposer aux Français un big bang économique et social pour qu’ils redeviennent acteurs des transformations économiques et non plus victimes.

C’est-à-dire?
La France a d’immenses ressources. Bougeons-nous à fond pour l’emploi! Nous avons tort de ne regarder que le déficit budgétaire. Le bon indicateur, c’est aussi le déficit du commerce extérieur. Nous sommes à 67 Mds€ de déficit fin 2012 quand les Allemands ont 188 Mds€ d’excédents! Alors que notre économie fonde son modèle sur la consommation, donc les importations, le mot d’ordre qui doit mobiliser les Français c’est : produire plus et mieux pour créer des emplois. Cela veut dire réduire toutes les charges et réglementations qui freinent le travail, mettre le paquet sur les PME et revoir le système éducatif en parlant plus métiers que diplômes.

Peut-on mettre à son crédit l’intervention militaire au Mali?
Oui, sans hésitation, l’esprit d’union nationale doit l’emporter tout en posant quelques questions légitimes.

François Fillon commence un tour de France avec comme objectif d’être candidat à la présidentielle. Cela vous surprend?
Les ambitions de mes amis pour 2017 sont respectables. Mais avant 2017, il y a 2014. En clair, ceux qui pensent que l’on peut gagner la présidentielle sans avoir reconquis d’abord le cœur des Français aux municipales se trompent lourdement. La première mission de l’UMP, c’est d’adoucir et d’améliorer la vie des gens au quotidien dans les villes et d’atténuer les dégâts de la politique socialiste.

Fillon juge qu’il n’y a plus de hiérarchie à droite, que tout le monde est au même niveau, y compris Nicolas Sarkozy. C’est votre avis?
Je ne veux plus entrer dans les polémiques. Je préside un parti qui a subi une crise terrible, dont il sort aujourd’hui petit à petit. Je veux rassembler quel qu’en soit le prix. Cela fait trois mois qu’il n’y a pas eu un couac, pas le moindre problème entre nous. Tout le monde joue le jeu. A propos de Nicolas Sarkozy, je continue de dire simplement que, quel que soit son choix, je serai à ses côtés. Et tant pis si je suis le seul à m’exprimer ainsi.

Certains ténors de l’UMP et des militants estiment qu’un nouveau vote n’est pas nécessaire…
J’entends ça, en effet, y compris de la part de personnes qui ne m’ont pas soutenu. Ce vote est la conséquence de l’accord entre François Fillon et moi.

Croyez-vous toujours à une vague bleue aux municipales?
Les Français sont en colère. Ils se sentent trompés par François Hollande qui a menti pour accéder au pouvoir. Il faut entendre cette indignation. Notre mission est de leur dire qu’il y a un autre chemin. Alors oui, on peut gagner de nombreuses villes.

Que pensez-vous de la candidature de Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris?
Nathalie est une très bonne candidate pour Paris, comme mes amis Rachida Dati ou Pierre-Yves Bournazel. Il y aura une primaire qui permettra de désigner le meilleur. Je pense que Paris peut basculer à droite.

Dans les sondages, vous êtes celui qui a le plus souffert de la crise à l’UMP…
Les sondages…! Mais ainsi va la vie politique. Il faut en tirer un certain nombre d’enseignements.

Lesquels?
Essayer de se montrer tel que l’on est et pas tel que certains veulent vous caricaturer. Les Français nous ont vus dans la pire des images, celle de la politique politicienne. Ils ont eu raison de nous le reprocher, à moi comme à d’autres. Je me suis retrouvé piégé dans de médiocres calculs. On ne m’y reprendra pas deux fois.